« Notre combat contre l’ultra fast fashion, c’est celui de la qualité et du Made in France »
À l’occasion des RDV de la Mode Responsable, la Samoa poursuit sa série d’interviews d’experts pour éclairer les transformations à l’œuvre dans la filière. Co-président de l’Union française des industries de la mode et de l’habillement (UFIMH), Pierre-François Le Louët revient sur la menace que représente l’ultra fast fashion, la réponse portée par la France et les prochains défis de la transition écologique.
Pourquoi l’ultra fast fashion constitue-t-elle aujourd’hui un défi majeur pour la mode française ?
« Ces acteurs ne jouent pas avec les mêmes règles que les entreprises françaises. L’enjeu est environnemental, avec l’explosion des volumes et du polyester, mais aussi sociétal et économique. L’ultra fast fashion donne notamment une perception erronée des prix : tout paraît trop cher lorsque ceux qui ne respectent pas les mêmes règles imposent un nouveau standard. C’est aussi un choix de société sur lequel il faut sensibiliser les consommateurs. Notre combat, c’est celui de la qualité et du Made in France. »
Comment la filière française s’est-elle organisée pour répondre à cette menace ?
« Nous travaillons auprès du gouvernement pour construire un arsenal de mesures : taxe sur les petits colis, évolution des droits de douane ou encore loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile. La France a été à l’avant-garde de ce combat. Au niveau européen, nous avons réuni à Paris, en septembre 2025, 22 fédérations de la mode pour partager les premiers enseignements du travail engagé en France. Aujourd’hui, cette dynamique essaime notamment au Portugal et en Italie. »
Au-delà de cette lutte, quels sont aujourd’hui les grands chantiers de la transition ?
« L’innovation est un axe important. Nous avons développé la Fashion Tech en mettant en relation sociétés innovantes et marques pour accélérer leur transformation numérique. La transition écologique est une autre priorité depuis une dizaine d’années. Nous accompagnons les entreprises sur les approvisionnements durables, les bilans carbone ou la biodiversité.
La France dispose aussi d’un cadre réglementaire avancé : la loi AGEC impose davantage de traçabilité et interdit la destruction des invendus. Beaucoup d’entreprises ont désormais des stratégies structurées et certaines sont certifiées B Corp, un label évaluant leurs engagements sociaux et environnementaux. »
Quelles sont les prochaines étapes pour construire une mode réellement plus durable ?
« Deux sujets vont beaucoup nous occuper : la réparation et le recyclage. Sur le textile, nous savons collecter et trier, mais nous ne savons pas encore suffisamment quoi faire de ces gisements. Il faut construire en France une véritable filière industrielle du recyclage, capable de les valoriser plutôt que de les exporter. C’est notamment un enjeu pour Refashion, l’éco-organisme de la filière textile, et plus largement pour la REP textile.
Le problème est aussi économique : le fil recyclé est aujourd’hui à la fois plus cher et de moins bonne qualité. Il faut donc accompagner la filière pour atteindre des volumes suffisants et faire baisser les coûts. Et puis la durabilité passe aussi par des gestes simples : réparer, acheter moins et mieux. J’ai par exemple toujours le pull marin de mon grand-père. Il achetait un pull pour la vie, pas deux par an. »



Pourquoi l’ultra fast fashion constitue-t-elle aujourd’hui un défi majeur pour la mode française ?