« La mode n’est plus uniquement une question de produit, mais aussi de sens » – Thibaut Ledunois, Directeur entrepreneuriat et innovation à la Fédération française du prêt-à-porter féminin
À l’occasion de la 2e édition du RDV de la Mode Responsable, la Samoa poursuit sa série d’interviews d’experts pour éclairer les transformations à l’œuvre dans la filière. Thibaut Ledunois, Directeur de l’entrepreneuriat et de l’innovation à la Fédération française du prêt-à-porter féminin, partage son regard sur l’évolution des usages et leurs impacts sur les modèles de la mode.

Thibaut Ledunois, Directeur de l’entrepreneuriat et de l’innovation, Fédération française du prêt-à-porter féminin à l’occasion du Rdv de la mode responsable #2. Halles 1&2. Nantes (Loire-Atlantique) 11/2025 © Justine Briot/Samoa
Pouvez-vous rappeler le rôle de votre fédération ?
« Nous intervenons aux côtés des marques françaises sur les grands enjeux de transformation du secteur que sont la consommation responsable, l’innovation technologique et l’évolution des modèles économiques. Concrètement, nous mobilisons chaque année nos expertises auprès d’environ 150 marques émergentes, premium, créatives et engagées.
Nous jouons également un rôle d’observatoire de la filière, avec des travaux de veille et de prospective que nous partageons chaque année dans notre rapport Flair. Être présent aux RDV de la Mode Responsable avait du sens, car cet événement fait écho à ces questionnements et permet de les partager avec les acteurs du territoire. »
Comment évoluent aujourd’hui, selon vos observations, les façons de consommer la mode ?
« Nous assistons à une transformation profonde des usages. La mode n’est plus uniquement une question de produit, mais aussi de sens, d’adhésion et de valeurs. Les consommateurs achètent moins, mais attendent davantage de cohérence et d’authenticité de la part des marques. Le modèle traditionnel, très descendant, où la marque imposait la tendance, s’essouffle. Les influences viennent désormais de communautés plus larges — culturelles, sportives ou créatives — qui redéfinissent les codes. »
Quelles sont les conséquences sur les modèles économiques des marques de mode ?
« Ces évolutions fragilisent les modèles fondés sur le volume et le renouvellement rapide des collections. Les marques doivent revoir leur proposition de valeur et ne plus penser uniquement en termes de production et de vente. Nous voyons émerger des modèles plus hybrides, qui combinent produit, services et expériences client. L’enjeu est moins de multiplier les ventes que de sécuriser un modèle économiquement viable, cohérent avec les attentes actuelles et capable de durer. »
Quels conseils donneriez-vous à une jeune marque de mode qui se lance aujourd’hui ?
« Créer une marque ne peut plus se limiter à proposer de beaux produits. Il faut travailler très clairement son positionnement afin de fédérer une communauté authentique. Ensuite, il est essentiel d’anticiper très tôt les questions de modèle économique, de distribution et de structuration mais aussi de s’appuyer sur les bons outils, y compris l’intelligence artificielle. Enfin, penser l’export dès le départ. Une marque met du temps à se développer, souvent plusieurs années : la clé réside dans l’excellence opérationnelle et la capacité à s’adapter à des usages qui évoluent rapidement. »


